Un des derniers posts que j’ai publiés, en février 2021, concernait un « sceau mystère » (fig. 1)

Thierry L’Huillier a eu la gentillesse de m’envoyer des photos d’un sceau comparable au mien mais plus complet – et notamment plus complet du côté droit (fig. 2), celui qui est illisible sur ma bouteille.

Le sceau mystère est donc celui de la Verrerie du Four de Paris, en Argonne (fig. 3). Le Four de Paris est une ancienne verrerie de la commune de Vienne-le-Château, située à proximité de la forêt domaniale de Lachalade (fig. 4). Le sceau de la bouteille de Thierry L’Huillier comprend en outre la mention « P. Bourget », au dessus du L central ; peut-être s’agit-il du gérant de la verrerie ? Cette dernière existait déjà à la fin du 18ème siècle, bien que l’excellent ouvrage de J. Bellanger ne la mentionne pas. Je n’ai pas pu déterminer si elle était la propriété des de Bigault de Boureuilles ou au contraire des frères de Granrut. Les historiens trancheront.


Quoi qu’il en soit, ce sceau, identifié, est une bonne occasion pour revenir sur la bouteille qui le porte (fig. 5). Il s’agit d’une champenoise, la région étant connue pour fournir les grandes maisons de Champagne ; la fig. 6 montre une lettre de 1825, de la verrerie des Senades (fig. 4) à la maison Veuve Clicquot. Comme de nombreuses bouteilles à champagne, la bouteille est donc lourde, elle pèse 933 grammes et elle contient environ 900ml, ce qui est peu si le « L » central du sceau signifie « litre ».




Je la daterais des années 1830 à 1840, notamment parce que la bague de col est archaïque et parce qu’il n’y pas encore de « boule au cul », comme sur la bouteille de la verrerie de la Camuterie, également en Argonne, que je daterais de 1850-60 environ (943 grammes, fig. 7). La verrerie du Four de Paris ferme en tout cas ses portes en 1860 (Mendgen), ce qui constitue un terminus ante quem pour ma bouteille et celle de Thierry L’Huillier.



Ce qui est très intéressant, c’est le détail de l’encolure et de la bague de col, qui montre un resserrement entre l’évasement de la lèvre et la bague de col, sans doute pour assujettir le bouchon (fig. 8). Ce profil se retrouve également sur une autre bouteille de ma collection, sans doute un peu antérieure à celle du Four de Paris, vers 1820-30 (920 grammes, fig. 9). Il n’est en revanche plus présent sur la Bouteille de la Camuterie, plus récente et industrielle.




L’identification de ce sceau était donc très intéressante parce qu’elle a permis de se faire une idée plus précise de la typologie des champenoises de l’Argonne, dans la 1ère moitié du 19ème siècle. On sait que les vendanges irrégulières et le passage du bois au charbon ont entraîné la fermeture de la plupart des verreries forestières de l’Argonne au cours du 19ème siècle. Le Four de Paris, avec ses champenoises et ses cloches à melons, a tout de même tenu jusqu’au milieu du siècle !
Tous mes remerciements à Thierry L’Huillier pour sa contribution décisive à ce post.
Mystery seal, the ‘Four de Paris’ and champagne bottles in the Argonne region (E. France)
One of the last pots I have published, in February 2021, was about a mystery seal on a French bottle (fig. 1).
Thierry L’Huillier was so kind to send me pictures of a seal comparable to mine though better preserved, notably on its right side (fig. 2), where mine is not readable.
The mystery seal refers to the ‘Four de Paris’ glassworks, in Argonne, NE France (fig. 3). The ‘Four de Paris’ is located near Vienne-le-Château, close to the Lachalade national forest (fig. 4). The seal from Thierry L’Huillier has more text than mine, as it bears the name of ‘P. Bourget’ – possibly the glassworks manager – above the central ‘L’. It seems that the ‘Four de Paris’ glassworks dates back to the end of the 18thC but it is not mentioned in the Bible book by J. Bellanger. Further, I was not able to determine who was the owner of the glassworks.
Anyway, this seal offers a good opportunity to examine the bottle which bears it (fig. 5). It is a champagne bottle blown in an area which is known to supply famous Champagne estates, located immediately west to the Argonne region. Fig. 6 is a document from the Senades glassworks to the famous Veuve Clicquot estate. As many champagne bottles, this one is heavy (933 grams) and it contains 900ml, which is too little if the central ‘L’ on the seal means ‘litre’.
I guess my bottle dates back to the 1830-40s, notably because the string lip is relatively archaic and there is no glass drop in the push-up. Such a glass drop is on the contrary present on a bottle from the Camuterie glassworks, also in the Argonne region, which I guess could date back to the 1850-60s (943 grams, fig. 7). The ‘Four de Paris’ glassworks closes anyway in 1860, which gives a terminus ante quem for my own bottle, and for L’Huillier’s one.
The design of the neck and the string rim is interesting and characterized by a constriction between the mouth and the string rim, likely to safely tighten the cork (fig. 8). This specific design appears on another Argonne bottle in my collection, possibly a slightly earlier one, dating back to the 1820-30s (920 grams, fig. 9). It is no longer present on the Camuterie bottle, younger in age and more industrially made.
The unravelling of this seal is interesting as it allows refining the typology of champagne bottles blown in the Argonne region, in the 1st half of the 19thC. Irregular harvests in the Champagne and a progressive shift from wood- to coal-fueled glassworks in the 19thC have resulted in the closure of most wood-fueled glassworks in Argonne. The ‘Four de Paris’ which produced champagne bottles and glass bells for ripening melons has bravely survived until the mid-19thC.
Many thanks to Thierry L’Huillier for his decisive contribution to this post.
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