Les bouteilles portant un sceau sont relativement rares en France, par rapport à l’Angleterre ; à la fin du 18ème siècle, toutefois, avec l’essor des exportations de vins de qualité vers les colonies d’Outre-Mer, on voit se multiplier les bouteilles portant une identification de leur contenu. Le plus souvent, il s’agit du nom du domaine (Léoville), d’une appellation plus générique (Haut Sauternes, St Julien, etc.) ou d’un négociant (Beyerman). On connaît en revanche moins de sceaux familiaux, à l’exception notoire des (pléthoriques) bouteilles Mailly de Nesle, dont les divers types couvrent plusieurs décennies, entre la fin du 18ème et la fin du 19ème siècle.
Beaucoup plus rares sont les sceaux Pontalba et Almonester, deux types de sceaux qui se rapportent à une seule et même famille. Prenons l’histoire de la famille à l’époque qui nous occupe pour les bouteilles présentées ici, c’est-à-dire à partir de la fin du 18ème siècle. Joseph Xavier Delfau de Pontalba, Français né à la Nouvelle Orléans en 1754, mène une carrière commerciale et militaire en Amérique, d’abord sous pavillon français (et participe à la guerre d’indépendance des États-Unis), puis espagnol. Devenu colonel espagnol, il rentre en France en 1797. En 1801, il remet un mémoire sur la Louisiane, qu’il connaît parfaitement, à Napoléon – ce qui n’empêchera pas ce dernier de céder la Louisiane aux États-Unis indépendants de fraîche date.
Joseph Xavier Delfau de Pontalba devient citoyen français et s’installe en France. Ses origines, sa connaissance du Nouveau Monde et sa fortune le font remarquer de l’Empereur et de son épouse, d’origine créole, Joséphine de Beauharnais. En 1804, son fils Célestin est nommé page de l’Empereur. Quant au père, Joseph Xavier, il est élevé à la baronnie en 1810, pour ses faits d’arme et les services rendus à l’Empereur.
À 18 ans, le page impérial, Célestin s’engage dans l’armée où il jouit de la protection du Maréchal Ney, dont il devient aide de camp en 1811. En âge de se marier, Célestin retourne en Louisiane pour y chercher une épouse et obtient la main de la riche héritière Michaela Almonaster y Roxas (fig. 1). Cette dernière était la seule héritière de Don Andres Almonaster y Roxas, un homme fortuné connu comme un des grands bienfaiteurs de la Nouvelle Orléans.
Les deux époux échangent leur consentement en la cathédrale Saint-Louis de la Nouvelle Orléans, en 1811. Dès 1812, ils s’installent en France où ils auront 5 enfants. L’histoire du couple est un peu agitée et ne nous concerne plus trop … disons que les époux vivent séparés, Célestin sur ses terres à Mont l’Évêque, au Nord de Paris, et son épouse dans la capitale. C’est donc a priori de ce côté de l’Atlantique qu’il faut chercher l’origine des bouteilles de ce post !

3 sceaux pour 3 bouteilles
Les bouteilles présentées dans ce premier post portent 3 sceaux différents, 2 « Pontalba » et un « Almonester » (sic). J’ai eu la chance de pouvoir examiner plusieurs exemplaires de ces bouteilles, grâce à l’amabilité de la famille de Pontalba, et je vais me consacrer d’abord à ces 3 types de bouteilles les plus anciennes :
- Sceau Pontalba en une seule ligne cursive, surmontant des rinceaux et sous un mascaron, ou peut-être une tête de lion ? (fig. 2) ;
- Sceau Pontalba en deux lignes cursives (fig. 3) ;
- Sceau Almonester (sic, l’orthographe est variable, jusque sous la plume des intéressés) en une ligne de petites capitales, surmontant des rinceaux et sous un mascaron (fig. 4).
Les bouteilles au nom de Pontalba sont typologiquement assez proches tandis que les bouteilles Almonester sont assez différentes, plus cylindriques et hautes ; en revanche, les sceaux Pontalba, en une seule ligne, et Almonester sont d’un type comparable, le nom encadré de deux motifs et entourés d’un grènetis.



Pour ce lot de bouteilles, j’essaierai, dans la suite, de répondre aux questions suivantes :
- Quelle est la variabilité de chaque lot ?
- De quand datent ces bouteilles ?
- Où ont-elles été fabriquées ?
- Ont-elles toutes la même origine (verrerie) ?
La documentation, fragmentaire, permettra d’apporter quelques pistes de réponse ou, au pire, de préciser ces questions ! Chemin faisant, nous redécouvrirons aussi une verrerie très importante de la région parisienne dont le passé verrier a été quelque peu occulté par une brillante réputation en matière de céramique …
Pontalba bottles (1/3)
Sealed Bottles are relatively rare in France, compared to England; however, at the end of the 18th century, with the boom in quality wine exports to the overseas colonies, bottles bearing an identification of their contents began to multiply. Most often, the bottles bear the name of the estate (Léoville), a more generic appellation (Haut Sauternes, St Julien, etc.) or a wine merchant (Beyerman). Fewer family seals are known, with the notable exception of the (plethoric) Mailly de Nesle bottles, whose various types span several decades, from the end of the 18th to the end of the 19th century.
Much rarer are the Pontalba and Almonester seals, both of which belong to the same family. Let us take a look at the family’s history at the time of the bottles presented here, i.e. from the end of the 18th century onward. Joseph Xavier Delfau de Pontalba, a Frenchman born in New Orleans in 1754, pursued a commercial and military career in America, first under the French flag (participating in the American War of Independence), then under the Spanish. After becoming a Spanish colonel, he returned to France in 1797. In 1801, he presented Napoleon with a memoir on Louisiana, which he knew inside out – although this did not prevent Napoleon from ceding Louisiana to the newly independent United States.
Joseph Xavier Delfau de Pontalba becomes a French citizen and settles in France. His origins, knowledge of the New World and wealth brought him to the attention of the Emperor and his wife, Joséphine de Beauharnais, of Creole origin. In 1804, his son Célestin was appointed page to the Emperor. The father, Joseph Xavier, was elevated to the barony in 1810, for his feats of arms and services to the Emperor.
At the age of 18, the imperial page Célestin joined the army, where he enjoyed the protection of Marshal Ney, becoming his aide-de-camp in 1811. At marriageable age, Célestin returned to Louisiana in search of a wife, and obtained the hand of the wealthy heiress Michaela Almonaster y Roxas (fig. 1). She was the sole heiress of Don Andres Almonaster y Roxas, a wealthy man known as one of New Orleans’ great benefactors.
The couple exchanged vows in St. Louis Cathedral, New Orleans, in 1811. In 1812, they moved to France, where they had 5 children. The couple’s history is a little turbulent and no longer concerns us too much… let’s just say that they lived apart, Célestin on his estate in Mont l’Évêque, north of Paris, and his wife in the capital. So it’s a priori on this side of the Atlantic that we should look for the origin of the bottles in this post!
The bottles featured in this first post bear 3 different seals, 2 « Pontalba » and one « Almonester » (sic). I have been lucky enough to be able to examine several examples of these bottles, thanks to the kindness of the Pontalba family, and I will focus first on these 3 oldest bottle types:
- Pontalba seal in a single cursive line, surmounted by foliage and beneath a mascaron, or perhaps a lion’s head (fig. 2) ;
- Pontalba seal with two cursive lines (fig. 3);
- Almonester seal (sic, the spelling is variable, even under the pens of those concerned) in one line of small capitals, surmounted by foliage and beneath a mascaron (fig. 4).
Bottles with the Pontalba name are typologically quite similar, while Almonester bottles are quite different, more cylindrical and tall; on the other hand, Pontalba seals, in a single line, and Almonester seals are of a comparable type, with the name framed by two motifs and surrounded by a grenetis.
For this batch of bottles, I will try to answer the following questions:
- What is the variability of each batch?
- How old are these bottles?
- Where were they made?
- Do they all have the same origin (glassworks)?
A fragmentary documentation will provide some clues to these questions, or at the very least, clarify them! By the way, we will also rediscover a very important glassworks in the Paris region, whose glassmaking past has been somewhat overshadowed by a brilliant reputation for ceramics…
Keep in touch for more on these bottles.
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